Arrivés le mercredi en soirée, nous foulons la terre ocre espagnole, une légère brise nous rafraîchissant le visage. En avant, récupération des accréditation et pass en tout genre auprès de l’orga latino. L’anglais ne semble pas leur fort mais nos meilleures conjugaisons de classe de seconde joueront le tour !L’excitation grandissante à la vue de l’ampleur de l’enceinte et du camping déjà rempli par les myriades de tentes des premiers festivaliers (la plupart ont planté les sardines depuis lundi), on se dirige vers les emplacements disponibles. Le camping se trouve typiquement dans un espace immense à mi-chemin entre le désert aride et le champs d’orangers. En gros, toute les zones sont accessibles à moins de 10-15 min du festival, point très très positif (surtout que vous pouvez faire autant d’aller-retour que vous le souhaitez…). Une petite demi-heure de queue avant d’avoir un emplacement et c’est là que les festivités ont commencé. Les vraies, celles qu’on aime… le fameux plantage de sardine.
Car figurez-vous, mesdemoiselles, que le sol de Benicàssim a la fâcheuse tendance d’être aussi dur que du Turón séché au soleil voir que d’un énorme bloc de glace introduit au milieu d’une plage bondée (ces comparaisons vous parlent sans doute si vous avez acheté cette spécialité catalane à la frontière et que vous avez vu un énorme tractopelle déposer un cylindre de glace de 3m de haut sur la plage le lendemain vers 14h), BREF. Tout ça pour dire, que le plantage de sardine fût quelque peu complexe. Surtout lorsqu’un vent à plus de 100km/h s’est mis brusquement à souffler les tentes pas encore fixées. Haha, on entend encore la joie des festivaliers espagnols à côté : “HIJO DE PUTA !”. Ces mêmes voisins espagnols nous rassurant en nous alertant qu’une année, toutes les tentes s’étaient envolées. Ambiance. Pas de quoi nous décourager néanmoins. Non, non, non ! Vous serez ainsi heureux d’apprendre qu’après quelques heures de chasse aux rochers locaux, nous avons enfin pu stabiliser nos belles Quechua.

La preuve du monopole Décathlon
Jeudi

Crystal Fighters

The Streets @ FIB 2011, Benicàssim - Óscar L. Tejeda
Vendredi
Vendredi, journée bénie. Levé en douceur avec les soundchecks des Strokes. On est tout de suite dans le mood. Sans doute la plus grosse tête d’affiche du festival jouera le soir-même à 00h45. Heure tardive ? Tant mieux ! Et en tant que fans inconditionnels (à votre avis, Juicebox ça vient d’où hein ?!) on ne prend pas de risque : on se positionne dès le début de la prestation d’Elbow aux premiers rangs. Et comme on s’y attendait, on est pas les seuls.Alors parlons d’Elbow, tout de même. Les Mancuniens étaient visiblement très attendus. Quelque peu surpris par cet état de fait, car mis à part endormir le public à base de ballades assez plates et pas toujours très inspirées, le groupe a bien du mal à nous sortir de notre torpeur, notre méconnaissance de la setlist du groupe n’aidant pas. Alors il y a bien les tonalités bluesy de “Grounds for Divorce” et ses lyrics entêtantes pour nous réveiller, certes, mais on a surtout droit de se faire sermonner constamment par le leader Guy Garvey quand il y a un peu trop de bousculade “PLEASE, guys, STEP BACK, come on” et tout ça d’un ton super sérieux (euh, mec, bon, t’es mignon mais on est à un festival on va pas installer nos chaises pliantes au milieu de la fosse non plus quoi) quand il ne part pas carrément dans un discours de gourou usé “You’re beautiful, say i’m Beautiful, people”. Tant de petits accrocs qui nuisent au show, même si on doit reconnaître que notre objectivité s’est un peu enfuie à toutes enjambées, tant l’attente pour les Strokes commence à bouillir en nous.
Concert de coude fini. Compression extrême. Il n’y a absolument aucun son et nous faisons tout de même des vagues à quelques mètres de la scène. Les chevrons géants font leur apparition sur scène, on shoot à l’aveugle derrière nous : les 150 mètres d’espace sont absolument bondés. 40 000 personnes selon la police l’orga. Évidemment, ils arrivent en retard. Mais quand The Strokes débarque et que les premières notes de “New York City Cops” ont littéralement fait jaillir le public de tous les côtés on se dit qu’on les pardonnera et qu’on leur paierai bien une bière par la même occasion. Pendant 1h15 tout n’est que bonheur et jouissance. On sait plus trop où chacun de nous se trouve, nous nous sommes perdus au bout d’environ 25 secondes. Mais que diantre ! “Last Nite”, “You Only Live Once”, “Juicebox” (fuck yeah !), tout est tellement bon. Affublé de son cuir par encore 28°C, Julian et sa loquacité bien connue ont fait des ravages : “Yeaaah… Yep !” ou autres “Oh shit I messed up that one, let’s start again”. Du Strokes, comme on les aime. Et d’après les avis recueillis ici et là, ils sont number one des prestations du FIB !

The Strokes
On s’écarte un peu histoire de récupérer l’oxygène perdu devant pour entrevoir les débauches de chemises hawaïennes des Friendly Fires. N’étant ni fanatiques, ni indifférents à cette pop indie, nous sommes agréablement surpris par l’énergie et l’ardeur provoquée par des titres comme “Lovesick”, “Truelove” ou “Pull me Back to Earth”. Et même à 4h, le public continue d’hurler par coeur l’intégralité des Lyrics… Aaah, Benicàssim, tu commences doucement à nous plaire dis donc !

Friendly Fires @ FIB 2011, Benicàssim - Liberto Peiró
Samedi
Nouvelle journée ardue. La fatigue commence à se faire ressentir avec nos trois heures de sommeil quotidiennes. Prise de conscience : “Ah ouais, c’est quand même autre chose que les Eurocks Béni…” S’ensuit, la sempiternel prise de (coup de) soleil, la fameuse paella maison dans un petit bistrot sympathique du centre ville (qui a dit cliché ?) et bien entendu l’achat primordial et salutaire de glaçons afin de rafraîchir un tant soit peu le scotch et la fameuse San Miguel (cela sera au demeurant un terrible échec). Tout cela avant un départ un peu tôt vers le site pour apercevoir Tame Impala (20h, il fait encore un cagnard d’enfer) sur la grande scène. Choix de scène un peu inadapté d’ailleurs. Public un peu stone de fin d’après-midi, qui est majoritairement assis si ce n’est couché, dans une atmosphère toute particulière qui se ressent jusque dans la prestation des petits génies australiens. N’ayant pas un jeu de scène mirobolant, leur son psychédélique n’arrivera donc pas à faire complètement effet, malgré quelques moments d’onirisme ici et là sur “Lucidity” ou “Desire Be Desire Go”, chansons en partie magnifiées par un ciel orangé et fantasmagorique de soleil couchant.

Tame Impala
L’esprit encore hagard, on repart se revigorer (en substances alcoolisées) au camping pour quelques heures. 23h00. Perfect timing, on arrive juste à temps pour écouter gaiement et de loin, Bombay Bicycle Club. Notre passage éclair nous permet quand même d’apprécier l’étendue de leurs capacités, mélangeant allègrement les influences rock, folk et pop dans des tracks aussi différentes que bienvenues. Plutôt impressionnant pour un groupe dont ses congénères dépassent difficilement la vingtaine d’années.
Ne voulant pas rater le début de la prestation des singes arctiques, nous quittons avec regret la scène du Fiberfib ainsi que la voix de Steadman (aux faux airs d’Interpol), au moins aussi marquante en live que sur galette. Petite amertume en passant de voir Beirut programmé en même temps que la bande à Turner… Une prochaine fois Zach c’est promis.
Apparemment, nous ne sommes pas les seules lumières à avoir eu l’idée de nous amasser vers Maravillas. L’endroit est au moins aussi bondé que la nuit précédente si ce n’est plus – effet du samedi oblige. L’expérience de la veille acquise, nous ne tentons pas de nous agglutiner dans les dix premières rangées de la foule, celle où tu peux dire adieu à quelconque molécule d’oxygène pendant l’intégralité du gig. Nous nous retrouvons donc à distance réglementaire, à une vingtaine de mètre des murs d’enceintes. Arctic Monkeys se fait attendre. Bien entendu. Notre curiosité s’éveille lorsque un speaker argue la foule pour une tentative de World Record impliquant celle-ci, record assez débile pour qu’on puisse se permettre d’omettre sa description dans ces lignes. La frénésie du public commence à monter dans un brouhaha qui ferait passer le lourd(ingue) bourdonnement des cigales génétiquement modifiées du camping pour de légers chuchotements. On se demande si les Arctics vont assurer, grande inconnue pour nous, n’ayant jamais retrouvé la brutalité du décoiffant “Whatever People Say I Am, That’s What I’m Not” dans leurs opus suivants – même si chacun d’entre eux a son propre attrait. Et Alex Turner ? Se sera-t-il assagi depuis son remarqué passage aux douceurs folk pour l’excellente B.O. de Submarine ? Tant de suppositions balayées d’un revers de la main dès leur entrée sur scène (sur « You Sexy Thing » de Hot Chocolate s’il vous plait)

Arctic Monkeys @ FIB 2011, Benicàssim - Óscar L. Tejeda
Les premiers riffs de “Library Pictures” se font entendre. Ca y est. Les gens hurlent, dansent, sur la voix d’un Turner classe au possible dans son cuir bleu (oui oui !)
Mais la première réelle estocade viendra de “Brainstrom”, l’un de leurs morceaux les plus explosifs. Nous voila rassurés, le groupe ne fait pas dans la demi-mesure. Le long d’un set record de 20 titres (on est en festival !) ils enchaînent leurs tubes comme des perles, de “I Bet you look good on the dancefloor” à “Fluorescent Adolescent” tout en plaçant des morceaux du dernier album, qui il est vrai, retournent moins les spectateurs. On peut peut-être regretter ce côté très mécanique du groupe, très peu communicatif, mais who cares, That’s fucking rock&roll ! Bien évidemment, dans la ferveur et l’intensité de l’auditoire, nous valdinguons de toute part au point de nous perdre en à peine 2 petites chansons. Record battu. Le set s’achève sur l’effervescent “505”, la clôture de une heure et demi âpre et prodigieuse. Oui, on peut désormais le dire : nous avons vu et survécu à la furia de ce petit groupe il était une fois venu de Myspace.
On terminera, non sans mal sur une note d’électronique avec la house londonienne de Fake Blood, énergique et coriace, nous faisant frétiller jusqu’à des heures peu orthodoxes.
Dimanche
Dernier jour dans le désert espagnol. “Last but not least” comme ils disent. Malgré l’état dégradé de vos valeureux rédacteurs, nous avons clôturé le festival sur les meilleures augures. Car sur la grande scène ce n’était pas moins que Noah & The Whale, Portishead et Arcade Fire qui nous attendaient pour scinder leurs fougues respectives avec le public. Et ça n’a pas manqué… Autant dire que le crochet en valait la peine…
Comme on a pu le voir dans les journées précédentes, passer à 20h est souvent un exercice périlleux au FIB. Nous pensions alors voir les Noah and the Whale se débattre avec l’énergie du désespoir.. Que nenni. Noah donne de la voix et nous saisit, assurant un côté dandy des plus distingué… même si l’on peut considérer qu’avoir un nom de groupe qui fait référence à Noah Baumbach c’est déjà une forme de classe en soit. On avait trouvé pas mal de qualités à “Last Night on Earth”, leur dernier L.P., et dans les bonnes dispositions de Benicàssim, on retrouve ces légèretés avec ces passages au violon très plaisants notamment. Néanmoins, telle une étoile qui brille par intermittence, le public réagit sur courant alternatif à la setlist. Et c’est sans conteste “Waiting for My Chance to Come” qui remporte la palme de la ferveur populaire, alors que le pourtant single “L.I.F.E.G.O.E.S.O.N” a moins de succès. Au final, il s’agira là d’un intervalle chaleureux avant les plats de résistances de la soirée.
Quelques dizaines de minutes plus tard, les sonorités Bristolienne sont déclenchées. Le visage (pas tout jeune) de Beth Gibbons s’éclaire sur les écrans géants. Dans une ambiance azurée typique de Portishead, “Silence” étourdit l’audience. Un climat tout à fait particulier s’installe dans le public et sur scène, alimenté par des courts métrages sombres et fascinants et une réalisation utilisant de nombreuses caméras sur la scène (ce qui nous rappellera une certaine installation mise en place pour la dernière tournée de Radiohead…). La voix de Beth possède un tel timbre et une telle ampleur que nous sommes captivés, scotchés. Une dimension hors-norme, l’expérience Trip-Hop ultime. On échappera pas au hit “Glory Box”, à l’explosif “Machine Gun” ni au splendide “Roads”. Avide d’en entendre toujours plus, on aurait aimer faire durer l’expérience sur “Pedestal” voir “Numbs”, étrangement manquantes, mais on sortira de la prestation sans regrets et surtout totalement chamboulé tant la démonstration du groupe fut poignante. 20 ans après leur formation, Portishead éblouit, un “must-seen-live” que nous vous conseillons vivement.

Portishead @ FIB 2011, Benicàssim - Óscar L. Tejeda
Encore du beau monde entassé devant notre Maravillas fétiche qui nous fait penser que décidément plus personne n’oserait dire “Who the fuck is Arcade Fire ?” en cette douce nuit. Clou du festival, les canadiens achèvent une tournée monstre pour le désormais classique “The Suburbs”, peut être leur moins bon album mais qui recèle plusieurs perles. Avant même que la petite troupe n’arrive, nous avons droit à une mise en abîme de l’univers du groupe avec un extrait sur écrans géant d’images 60’s, qui proviennent en réalité du court de Spike Jonze, Scenes from the Suburbs… Et on y entre avec délice dans cette atmosphère. D’autant que la scène qui se dresse devant nos yeux est l’une des plus stylisée du FIB avec son côté kermesse retro assumée. Débarquent alors les artistes sous les hourras de la foule. Et là, “Ready to start” nous enchante dans sa dynamique habituelle. On se rend directement compte du don que possède Arcade Fire pour faire communier les foules. Ici, ce n’est pas des chansons qu’ils nous jouent, ce sont carrément des psaumes et autre prières que le public reprend en choeur avec délice ! Décidément très à l’aise en festival, Win Butler et ses autres petits camarades vont nous enchanter en tirant le meilleur de leur repertoire. “No Cars Go”, “Rebellions (lies)”, “We Used to Wait”, autant de titres passionnés qui nous laissent dans l’allégresse la plus complète. On constate par ailleurs qu’ils n’oublient pas les fans de la première heure pour un sou, avec pas moins de 7 titres de Funeral ! Bien entendu, on aura un petit sourire narquois quand on entendra les fausses notes de Régine sur « Haiti » ou « Sprawl II », qui clôturera d’ailleurs le concert (choix discutable), mais ce n’est rien, comparé à la générosité des canadiens en live. Et ce “Wake Up”, ce “Wake Up”… il nous transperce d’émotions de part en part, dans une euphorie collective que peu d’évènements dans une vie peut nous faire ressurgir. Pouvions-nous rêver meilleure fin de festival ? Les frissons, encore présents à l’évocation de ce gig, parlent d’eux-même.

Arcade Fire @ FIB 2011, Benicàssim - Óscar L. Tejeda
10 (très) bonnes raisons d’aller au FIB :
- C’est l’un des rare festival où vous pouvez mêler soleil, plage, bière et concert en une seule journée.
- Le litre de bière est à 7,5€ dans l’enceinte du festival et entre 3 et 5€ dehors… Oui, on parle en LITRE là-bas !
- Le matin vers 8h30, quand les 35°C usuels vous réveilleront, le duvet humidifié par votre propre sueur, vous entendrez peut-être les riffs de Reptilia en fond sonore…
- Les douches unisexe… c’est chouette.
- Le public est le plus phénoménal que l’on ait connu en festival, true story. Ultra réactif, connaissant les répertoires des artistes sur le bout des doigts. Impressionnant !
- Même si vous êtes une vraie quiche en espagnol et que vous n’avez retenu que “Una otra cerveza por favor” vous pourrez aisément communiquer avec la multitude d’anglais présents (et par multitude on entend facilement 60% d’anglo-saxons, si si !)
- Sur place, vous pourrez aussi bien croiser un groupe de Schtroumpfs qu’une tripotée de cowboys sur des montures gonflables.
- L’organisation y est millimétrée. Ce qui veut dire pas de soucis pour entrer / sortir / manger / boire / apprécier les concerts. Quand on sait qu’on compte 250 000 festivaliers sur les 4 jours, on peut leur tirer notre chapeau en paille, à nos amis espagnols.
- Le line-up est aux petits oignons : un mélange orgasmique entre affiches internationales, groupes locaux sympathiques et artistes indés. Il y en a pour tout les goûts.
- Et enfin, si, comme nous, vous savez apprécier les belles choses, vous ne saurez plus où donner de la tête… Pendant une semaine, Benicàssim devient l’endroit le plus lubrique on Earth. MUY CALIENTE !

Les douches...






